Du respect, y compris pour les travailleurs de l’ombre !

22 mars 2016, une date qui restera à jamais gravée dans l’histoire de la Belgique. En effet, il y a deux ans, Zaventem et Bruxelles ont connu les pires attentats terroristes de notre pays. Ces actes de barbarie ont fait couler beaucoup d’encre. De nombreux articles ont été consacrés aux voyageurs présents à Zaventem et qui ne sont jamais arrivés à destination. Par contre, les hommes et les femmes de l’ombre, à savoir les travailleurs de l’aéroport, ont souvent été oubliés par la presse. Pourtant, ils étaient là aussi lorsque les explosions se sont produites. Certains travailleurs ont perdu la vie, beaucoup d’autres souffrent encore aujourd’hui de souffrances psychologiques et physiques.
Visie a rencontré Pasquina Anglani, responsable sectorielle à la CSC Alimentation et Services pour les entreprises de nettoyage dans la région de l’aéroport. Les travailleurs de ce secteur sont souvent invisibles aux yeux des touristes, alors que leur travail, lui, est bel et bien visible. Ils sont souvent oubliés et ne reçoivent pas le respect qu’ils méritent.
Ils sont bien nombreux plus qu’on ne le croit
Travailler dans un aéroport, c'est quelque chose de tout à fait à part. ‘’On ne peut pas comparer un aéroport avec un autre employeur ou un zoning industriel’’, explique Pasquina. ‘’De nombreux travailleurs à l’aéroport appellent l’aéroport de Zaventem leur village ou leur ‘planète aéroport’. Ils sont avant tout fiers de travailler à l'aéroport national. Ils sont aussi fiers du travail accompli à cet endroit. Ils veillent tous les jours au bien-être de milliers de voyageurs. Sans ces milliers de travailleurs à l’aéroport, nous ne pourrions pas prendre l’avion sans souci ou dans les meilleures conditions possibles.’’
Ils méritent tous le respect
Dans l’aéroport, sur le tarmac et dans ses environs, mais également dans le zoning industriel tout proche, la zone aéroportuaire est un melting-pot d’entreprises : logistique, tourisme, magasins, horeca, entreprises de nettoyage, sécurité… Prenez n’importe quel secteur, il sera représenté d’une manière ou d’une autre sur le site de notre aéroport national.
La première entreprise de nettoyage de Belgique, à savoir ISS, est présente depuis le 1er avril 2016 sur le site de Zaventem. Une mission importante lui a été confiée : ISS est chargée de la remise en état des bâtiments à la suite des attentats. Et ce n’est pas une tâche simple, car le hall de départ est fréquenté par des milliers de passagers chaque jour. Une centaine de travailleurs du nettoyage, issus essentiellement de la communauté marocaine et turque, sont sur le terrain 24h/24h, jour après jour, pour assurer le nettoyage des bâtiments. Pasquina parle avec émerveillement de ces travailleurs. ‘’Ces travailleurs et travailleuses qui font tout leur possible pour que vous puissiez entamer votre voyage dans un bel aéroport forcent le respect. Par contre, eux, en reçoivent parfois bien peu !”
Travailler plus vite avec moins de collègues
Il en va de même pour les travailleurs en charge du nettoyage des avions de plusieurs compagnies aériennes. “Ce métier est souvent sous-estimé”, déclare Pasquina. “La période entre l’arrivée et le départ d’un avion est de plus en plus courte et les effectifs se réduisent. Malgré cela, le personnel de nettoyage arrive encore à remettre un avion en état. Rien que pour cela, ils méritent énormément de respect!”
Pour Pasquina, les effectifs dans le nettoyage ne cessent d’être réduits pour une raison claire : la baisse des budgets. Le prix que les voyageurs paient pour un billet d’avion ne cesse de diminuer. Les compagnies aériennes le répercutent en allouant des budgets de plus en plus serrés, entre autres aux repas à bord ou au nettoyage des avions. Les hommes et les femmes de l’ombre paient donc indirectement la note des billets d’avion low-cost.
L’union fait la force
Selon Pasquina, seule la solidarité peut sauver le personnel de nettoyage. “Les travailleurs doivent plus que jamais être unis et oser exprimer leur mécontentement. La devise nationale de la Belgique ‘‘l’Union fait la force’’ n’est pas un assemblage de mots vains. L’union parmi les travailleurs est plus que jamais nécessaire pour que les employeurs cessent de participer à cet esclavagisme moderne à l’aéroport. Les voyageurs peuvent également apporter leur pierre à l’édifice, en réfléchissant aux conséquences d’un billet d’avion à 20 euros !”
Au total, près de 400 travailleurs sont occupés dans des entreprises de nettoyage à l’aéroport de Zaventem. Bon nombre d'hôtels dans les alentours font aussi appel à ces entreprises de nettoyage pour nettoyer les chambres et lieux publics. Là aussi, les budgets sont de plus en plus serrés. ‘’Ces travailleurs méritent également toute notre attention et notre soutien ! Il est important, pour l’ensemble du secteur du nettoyage à l’aéroport et dans ses environs, que toutes les équipes syndicales agissent de concert en vue de bonnes conditions de travail et du respect pour tous les travailleurs ! Ces personnes pourront toujours compter sur leur centrale Alimentation et Services et sur toutes les autres centrales syndicales actives à l’aéroport, afin de défendre leurs droits”, conclut Pasquina.